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Classe I ou classe IIa ? Ce que l'ANSM regarde vraiment

Une objection de l'autorité compétente ne tombe jamais du ciel. Elle se fonde sur des pièces — les vôtres. Voici lesquelles, dans quel ordre elles sont lues, et ce qu'il reste comme marge quand la classification est contestée.

Lecture ~11 minutes · Mis à jour en août 2026

Un fabricant reçoit un courrier. L'autorité compétente estime que son dispositif, marqué CE en classe I et auto-certifié depuis des années, relève en réalité de la classe IIa — et donc d'une procédure avec organisme notifié. La question qui arrive dans la seconde : est-ce qu'ils ont raison, et qu'est-ce qu'on fait ?

Ce n'est pas un cas rare. C'est même une des situations les plus fréquentes du moment, et elle a une cause structurelle : le MDR a rebattu les cartes de la classification, et beaucoup de dispositifs n'ont jamais été reclassés.

1. Pourquoi le sujet explose maintenant

Sous la directive 93/42/CEE, la classe I couvrait un large éventail de dispositifs, et l'auto-certification permettait de mettre sur le marché sans intervention d'un tiers. Le règlement 2017/745 a conservé le principe mais modifié les règles de l'annexe VIII : certaines ont été durcies, une a été créée de toutes pièces.

Trois phénomènes se combinent :

Un dispositif classe I n'a jamais été audité sur sa classification. C'est précisément pour ça qu'elle peut être fausse depuis dix ans.

2. Les pièces sur lesquelles se fonde une objection

Une autorité ne conteste pas une classification sur une intuition. Elle s'appuie sur des documents que vous avez produits vous-même. Par ordre de fréquence :

Le code de nomenclature déclaré

Lors de l'enregistrement, vous déclarez un code de nomenclature décrivant votre dispositif. Ce code est auto-déclaré — et il est souvent choisi rapidement, par quelqu'un qui cherche « le plus proche ». Or il décrit une catégorie de dispositifs dont la classification typique est connue. Un code qui pointe vers une famille classée IIa, associé à une déclaration en classe I, est une incohérence visible depuis un tableur.

La notice d'utilisation

C'est le document le plus lu, parce qu'il est public et qu'il énonce la destination. Les termes qui déclenchent l'attention : diagnostic, dépistage, test, mesure, évaluation de, détection, aide à la décision, traitement, rééducation. Un seul de ces mots employé sans précaution peut suffire à faire entrer le dispositif dans une règle plus élevée.

Le site web et les supports commerciaux

Souvent négligé, et pourtant systématiquement consulté. La communication commerciale est fréquemment plus ambitieuse que la notice — c'est son métier. Le problème est qu'elle engage tout autant : elle décrit la destination revendiquée par le fabricant.

La composition technique

Ce que le dispositif contient ou pilote : une source de rayonnement, un capteur de mesure, un composant actif, un logiciel de traitement. Chacun peut déclencher une règle spécifique.

3. Les règles qui font le plus basculer

RègleCe qu'elle vise
Règle 11Logiciels fournissant des informations utilisées pour des décisions diagnostiques ou thérapeutiques → IIa minimum. Entièrement nouvelle sous MDR. Article dédié.
Règle 10Dispositifs actifs destinés au diagnostic et à la surveillance, notamment ceux qui émettent un rayonnement ionisant ou non ionisant. Cette règle existait déjà sous la MDD — une non-conformité sur ce fondement est donc antérieure au MDR.
Règle 9Dispositifs actifs thérapeutiques destinés à fournir ou échanger de l'énergie.
Règle 22Dispositifs actifs intégrant une fonction diagnostique déterminant de manière substantielle la prise en charge du patient → classe III. Peu connue, très pénalisante.
Le réflexe qui manque

La section 3.5 de l'annexe VIII prévoit que si plusieurs règles s'appliquent, c'est la classe la plus élevée qui l'emporte. Beaucoup d'analyses s'arrêtent à la première règle trouvée. Il faut passer en revue l'ensemble des règles susceptibles de viser le produit, ses composants et ses accessoires — puis retenir le maximum.

4. La destination revendiquée : le vrai terrain de jeu

La classification découle de la destination. Et la destination, ce n'est pas ce que fait techniquement votre produit : c'est ce que vous dites qu'il fait.

D'où une conséquence contre-intuitive : deux produits techniquement identiques peuvent relever de classes différentes selon leur revendication. C'est aussi ce qui ouvre une véritable marge de manœuvre — la seule, en réalité.

Si vous soutenez une classification basse, il faut alors une cohérence stricte, sans aucune exception, sur :

C'est une discipline exigeante, tenue dans la durée, par des personnes qui ne sont pas toutes du service réglementaire. Une seule page oubliée qui parle de « test de dépistage » réactive la règle plus élevée — et fournit à l'autorité l'élément qui manquait à son dossier.

Une stratégie de classe basse ne se décide pas au service réglementaire. Elle s'impose au marketing, au commerce et à la direction.

5. Quand l'échéance de l'article 120 est passée

L'article 120 du MDR organise le régime transitoire des dispositifs mis sur le marché sous les anciennes directives. Il a ouvert des fenêtres permettant de continuer à commercialiser, sous conditions strictes et à échéances fixes — notamment le dépôt d'une demande auprès d'un organisme notifié avant une date donnée.

Ces conditions sont cumulatives et les dates sont fermes. Une échéance manquée ne se rattrape pas. Le dispositif sort du bénéfice transitoire, et le fabricant se retrouve dans une situation où le produit est commercialisé sans procédure d'évaluation valide au regard de sa classe réelle.

Il reste alors des voies, mais elles sont d'une autre nature :

Aucune des deux n'est confortable. Mais entre les deux, il y a une différence considérable : l'article 59 se demande en amont, avec un dossier construit ; l'article 97 s'impose à vous. Prendre l'initiative change la nature de la discussion.

6. Comment on répond à une objection

Établir la date exacte et le fondement

Sur quelle règle l'autorité s'appuie-t-elle, et sur quelles pièces ? Une objection fondée sur la notice ne se traite pas comme une objection fondée sur la composition technique. Récupérer l'intégralité des échanges, datés.

Refaire l'analyse honnêtement, pour soi

Avant de rédiger la moindre réponse, trancher en interne : ont-ils raison ? Construire une défense sur une position intenable coûte plus cher que de reconnaître l'écart et de proposer un plan.

Écrire la note de classification

Le document qui applique chaque règle pertinente, une par une, conclut, et documente les scénarios écartés avec leur justification. Il sert autant à convaincre l'autorité qu'à structurer votre propre décision.

Présenter les deux scénarios, pas un seul

Scénario A : la classification est confirmée, voici le plan de mise en conformité et son calendrier. Scénario B : la classification basse se défend, voici sous quelles conditions strictes et vérifiables. Une autorité accueille mieux un fabricant lucide qu'un fabricant qui plaide.

Traiter la communication avant de répondre

Si votre défense repose sur une destination restreinte, il faut que le site, les plaquettes et la notice soient déjà alignés au moment de la réponse. Sinon la première vérification les contredira.

7. Et les unités déjà vendues ?

C'est la question qu'on repousse et qu'il faut poser tout de suite. Si le dispositif est commercialisé depuis des années sous une classification erronée, préparer l'avenir ne suffit pas : il existe un parc installé.

Le raisonnement à mener est celui de la gestion des risques, pas celui de la conformité administrative :

Selon les réponses, les mesures vont de la simple documentation d'une analyse à une action corrective de sécurité. Ce qui compte, c'est que la décision soit prise, motivée et tracée — pas qu'elle aille dans un sens ou dans l'autre. Une autorité reproche beaucoup plus facilement une absence d'analyse qu'une analyse dont elle discute les conclusions.

Avertissement

Cet article décrit une méthode générale. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas l'examen de votre dispositif, de sa destination, de vos pièces et de votre historique réglementaire. Les situations transitoires en particulier se traitent au cas par cas, sur dates réelles.

Une classification contestée, ou un doute ?

Une revue de classification prend un à deux jours et produit une note argumentée, avec les scénarios alternatifs et leurs conséquences. C'est peu au regard de ce qui se joue.

En parler Marquage CE — MDR / IVDR

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